L'Espagne a gagné le deuxième
Euro de son histoire, quarante-quatre ans après le premier,
en dominant l'Allemagne sur un but de Fernando Torres (1-0). Elle
était la meilleure équipe de la compétition.
Après la Grèce en 2004 et l'Italie en 2006 (Coupe du
monde), c'est une preuve qu'un football offensif peut aussi
gagner.
Quand l'équipe de France s'est mise à gagner des
titres et à dominer le monde, il y a dix ans
déjà, elle disait qu'elle avait acquis la
«culture de la victoire». Fière
d'elle-même, de son idée du jeu et de ses
écoles de foot, l'Espagne, en battant l'Allemagne dimanche
en finale de l'Euro (1-0), s'inscrit désormais au rang des
grandes nations de ce sport, de façon définitive,
parce qu'elle séduit encore, et parce qu'elle gagne enfin.
Elle qui restait sur quarante-quatre années d'échecs
en tous genres, beaucoup assez incompréhensibles,
possède désormais une culture du résultat.
Imposer un score ''italien'' à l'équipe la plus
compétitrice d'Europe, l'Allemagne, cela dit tout de son
nouveau savoir-faire. Parce qu'elle maîtrise mieux ses nerfs
qu'avant, parce que sa volonté de vaincre n'a fait que
croître avec le temps, parce qu'elle défend bien en
ayant conservé sa magnifique aisance technique, parce
qu'elle était tout simplement la meilleure équipe de
l'Euro, dont elle a gagné tous ses matches, l'Espagne a
remporté un formidable succès.
C'est une réussite sans nom pour Luis Aragones, vieil homme
très critiqué depuis deux ans, dont la foi tenace a
été le fil roja de cette équipe au plus fort
de la tempête. Elle la doit aussi à deux hommes qui
sont tombés dans les bras l'un de l'autre au coup de sifflet
final. Ils ont maintenu leur équipe à flots en
début de match alors que l'histoire pouvait dérailler
: Iker Casillas, immense gardien, idole d'un peuple entier, et
Fernando Torres, auteur d'un but plein de classe qui va bercer des
génération de petits Espagnols. Pourtant, Ballack
était bien titulaire dans ce 4-2-3-1 qui avait permis
à l'Allemagne de se rassurer il y a deux semaines. Mais
l'équipe de Löw était trop loin, dans tous les
domaines, notamment sur le plan défensif, pour refaire le
coup de 1996 et de toutes les fois d'avant. L'histoire retiendra
que l'Espagne a gagné tout en étant privée du
meilleur buteur du tournoi, David Villa (4 buts), sur blessure.
Seul en pointe du 4-1-4-1, Fernando Torres aura fait le travail
pour deux.
L'Allemagne s'accroche à l'ordre ancien
El Niño aura mérité de rester de l'homme de
cette finale. Il aura été le phare de l'Espagne au
moment où elle en avait le plus besoin, c'est-à-dire
à 0-0. A la 22e minute, c'est une tête de Torres sur
le poteau qui a fait démarrer une Seleccion carburant au
diesel. Hors une passe lumineuse de Xavi pour Iniesta (16e), la
Roja est entrée dans le match lestée du poids de sa
responsabilité. Elle cumulait une vraie
fébrilité défensive côté droit et
une prudence qui ne lui ressemblait pas. Pas de mouvement, pas de
passe vers l'avant, pas de risque. Pas vraiment de finale en dehors
du jeu entre les lignes qu'arrivait, par séquences, à
développer... l'Allemagne. L'abnégation et les
accélérations de Fernando Torres servirent alors de
boussole. L'Espagne sortit progressivement de sa coquille.
Menaça. D'abord par Fabregas d'une frappe de loin (31e),
puis par cette fulgurance au milieu qui fait sa marque de fabrique.
Senna, droit devant vers Xavi, droit devant vers Torres. Le joueur
de Liverpool imposait sa vitesse, contournait le pauvre Lahm, et
battait Lehmann d'un tir piqué (33e). Enfin, il y avait
match. La bataille du milieu était symbolisée par un
duel Fabregas - Ballack. Celui des bagarreurs plus que celui des
magiciens.
L'Allemagne resta globalement impuissante. L'Espagne,
intermittente. Quand elle accélérait, il n'y avait
pas de match. Quand elle attendait trop, personne n'était
sûr que ça ne craquerait pas. Après deux
chaudes alertes (Xavi, 53e ; Silva 54e), l'Allemagne se
réorganisa en 4-1-3-2 avec l'entrée de Kuranyi (59e).
Aragones répondait avec l'entrée de Xabi Alonso et un
4-2-3-3-1 plus défensif. Silva, un peu nerveux alors que le
match montait en température, faisait les frais de
l'opération. L'Allemagne accepta d'agresser l'Espagne, et
celle-ci de procéder en contres. Même à ce jeu
là, la Seleccion était plus dangereuse. Elle arriva
lancée plus d'une fois, mais rata la dernière passe,
quand ce n'étaient pas Lehmann (67e, tête de Ramos) ou
Frings (68e, tir d'Iniesta) qui sauvaient la patrie. Senna,
démarqué à trois mètres du but,
était trop court (82e). Alors que commençait à
vrombir un virage délesté de décennies
d'humiliations (« España, España
»), M. Rosetti maintenait tant bien que mal de l'ordre dans
les débats. La tâche était rude. C'est toujours
comme ça, quand l'ordre ancien est remis en cause. Les
anciens titulaires des postes cherchent à se soustraire
à la fatalité par tous les moyens. Mais c'est comme
ça, l'Euro 2008 est une compétition qui se joue
à seize, et c'est toujours l'Espagne qui gagne à la
fin.